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Mercredi 21 décembre 2011

Lu sur le stub, c'est nicky
:

Le personnage principal est très désabusé et limite dénué de sentiments, ça n'est pas vraiment ce que je préfère dans les romans. J'apprécie pouvoir essayer de comprendre ce que ressent le narrateur, là on ne sait pas. C'est juste à la fin, qu'on commence un peu à comprendre qu'il s'inquiète de son copain tombé dans la prostitution et qu'il regrette que ça n'ait pas marché avec son ex petite amie. C'est là qu'il devient un peu plus "humain" et que j'ai finalement commencé un peu plus à apprécié le personnage"

... dans le même temps, je lis ça dans "Le complexe d'Orphée" de Michéa (il parle ici du culte du progrès, pour changer).

Naturellement, cette étrange mystique ascensionnelle (=le culte du progrès) ne (constitue) que l'envers logique (d'une) étonnante incapacité à tisser le moindre rapport positif avec le passé (et sans doute - comme le pensait Orwell - la peur de vieillir joue-t-elle un rôle décisif dans cette incapacité). Or le sens du passé n'est pas seulement ce qui nous donne le pouvoir de méditer sur les ruines des civilisations disparues, ou de se lamenter sur la folie éternelle des hommes. Il est aussi - et peut être même avant tout - ce qui permet de s'inscrire dans une continuité historique et dans une somme de filiations et de fidélités (...) et d'échapper ainsi à l'illusion adolescente d'un recommencement absolu, ou aux mythologies parallèles - à la fois religieuses et cartésiennes de l'île déserte, ou de l'an 01.

Mythologies qui sont, comme on le sait, au fondement même de l'imaginaire occidental et qui, d'une manière ou d'une autre, ont toujours conduit les Modernes à se vivre comme des "monades sans portes ni fenêtres" (Leibniz), que ce soit sous la forme romantique du Robinson ingénieux et bricoleur, de l'aventurier solitaire, de l'artiste maudit, du rebelle néo-punk incompris, du privé désabusé, misanthrope et alcoolique, ou encore - dans les versions les plus désabusées de cet individualisme radical (on songe, bien sûr, aux romans apologétiques d'Ayn Rand) - sous celle du self-made man entreprenant, bien décidé à ne compter que sur lui-même dans la jungle impitoyable du marché capitaliste.


On pourrait étendre encore un peu la gamme de ces héros inhumains, mais la "créativité" des auteurs modernes n'est pas infinie, pour ce que j'ai lu. On n'apprend au final rien qui dépasse le point de vue particulier de l'individu isolé et sa psychologie, entre les personnages qui en explorent les limites et l'introspection nauséeuse (voir le prototype Christine Angot).
Parallèlement, s'il s'agit d'évoquer des groupes liés par des héritages, on dépeindra les rapports de force, la souffrance matérielle, avec le vocabulaire de la psychologie : ainsi les classes sociales, nations, minorités... peuvent avoir des craintes qui appellent de "la pédagogie". Ce ne sont donc rien de plus que des humeurs comme nous en avons tous.
Michéa poursuit plus loin sur les développements de l'individualisme :

... tout agencement symbolique concret supposé enfermer un sujet dans les limites d'un héritage historique ou naturel donné - doit être pensée comme un obstacle majeur à l'avènement d'un ordre juste et, par conséquent, comme une configuration politiquement incorrecte qu'il est indispensable d'éradiquer au plus vite.
(...)
Si donc la loi du progrès est celle qui doit inexorablement conduire des étouffantes "sociétés closes" à la merveilleuse "société ouverte" - qui oblige, en d'autres termes, l'ensemble des civilisations existantes (du monde islamique aux tribus indiennes d'Amazonie) à renoncer peu à peu à toutes ces limitations arbitraires qui fondaient leur identité contingente pour se dissoudre triomphalement dans l'unité post-historique - ou sens où l'entendait Fukuyama - d'une société mondiale uniformisée.
(...)
Aux yeux de l'intellectuel de gauche contemporain, il va nécessairement de soi que le respect du passé, la défense de particularismes culturels et le sens des limites ne sont que les trois têtes, également monstrueuses, de la même hydre réactionnaire.


Il ne développe pas plus avant - mais à première lecture, c'est un peu contradictoire. Son intellectuel de gauche n'est pas exactement le chantre des racines et des minorités qu'on imagine souvent. Comment veut-il voir advenir la "société ouverte" s'il est hostile à la "défense des particularismes" ?
Comment expliquer la valorisation extrême qui entoure ce genre de bouillie (c'est un exemple, j'ai vu ça dans le centre-ville de Rennes l'autre jour) :
http://shop.alaisebreizh.com/photos/AC/ACCT/ACCTABALB201101/TERRE...
Il semble que dans ce genre de représentations, les particularismes sont ramenés à presque rien, au point d'être interchangeables et ré-combinés à l'infini (Bretagne=bigouden, Chine=tresse et yeux bridés, Bretagne+Chine=bigouden et yeux bridés,...). C'est une forme neutralisée de ces particularismes. Du reste, ceux qui sont célébrés sont de fait inoffensifs, soit parce qu'ils sont presque disparus (la culture bretonne et d'autres cultures régionales), soit parce qu'ils viennent de loin et sont le propre de minorités en France (ici on reconnaît vaguement une Chinoise et un ou deux Africaines).
La preuve en est sans doute que personne ne pourra se reconnaître dans une représentation aussi tronquée de "ses" propres particularismes. Il s'agit bien sous couvert de les défense, d'une machine de guerre anti-héritages historiques, réduit à une distraction d'individu hors-sol pour lequel Bretagne ou Chine ne signifie plus rien.
http://www.e-monsite.com/photos/accueil_madeinalsace_1639948776.gif

Pour ces mêmes raisons, je suis circonspect devant le discours "alsacophile" qui est parfois développé sur le Stub. Un "bon" Alsacien devrait être exclusivement attaché aux aspects germaniques de sa culture. Pour ma part, il faudrait oublier une tradition familiale qui est celle de nombreux autres Jean-Jacques Waltz (Hansi).

Cette "alsacophilie" sans nuance - qui aurait sidérée mon grand-père, lui qu'on n'a sûrement jamais soupçonné d'être un mauvais alsacien, tout francophile qu'il était - semble partir d'un regard extérieur sur la région. Une région qui est plus subtile que ce qu'il en reste si on la résume à son fond germanique, cela allait sûrement de soi quand ces particularismes étaient vivaces. Mais aujourd'hui, s'il ne s'agit plus que de poses de carte postale, il y aurait là que cette comédie de célébration des racines ('A l'aise Breizh' !)) qui signale surtout leur enterrement... auquel on retrouve toute la famille progressiste.

C'est d'autant plus troublant quand ces défenseurs un peu encombrants de notre héritage commun trouvent leurs contradicteurs trop "bobos" ! Pour le coup, peut-être que ça en révèle davantage sur ceux qui manient l'insulte. C'est courant quand il s'agit de bobo.
21.12.11 à 00h52 | commentaires (1)

Vendredi 16 décembre 2011

J'ai lu il y a un article sur Acrimed concernant les causes de la médiocrité des journalistes scientifiques. Nous savons tous combien les journalistes sportifs sont TOUS abrutis (sauf Godin), la plupart du temps, ignorant même des règles du hors-jeu ; on sait combien l'élite éditoriale régresse (comparons un instant Camus, Aron et Christophe Barbier) ; on sait peu par contre comme la science est maltraitée.

Je copie-colle ici un articulet trouvé sur le site d'Europe 1.
Pour information, j'en aurais su assez à bac+4 pour commenter cet article exactement de la même façon, preuve que la journaliste est sans doute loin d'avoir un cursus minimal en sciences.

Citation :

OGM : "le débat sanitaire est clos"

Une équipe de chercheurs a passé au crible 24 études toxicologiques internationales.

Les animaux nourris plus de trois mois au maïs, riz, soja ou pommes de terre génétiquement modifiés ne présentent aucun problème de santé. Ils se portent aussi bien que ceux soumis à un régime non OGM. Cette conclusion est le fruit d’une vaste étude d’Agnès Ricroch, une généticienne d’AgroParisTech (université de Paris-Sud-Orsay) à paraître dans la revue de référence, Food and Chemical Toxicology.


Une source unique est mentionnée dans l'article : Agnès Ricroch (que je connais ni Eve ni d'Adam, pas de conflit d'intérêt). Il y a pourtant un littérature énorme sur le sujet et bien d'autres spécialistes. Le Pr. Ricroch travaille d'ailleurs dans un segment particulier de la génétique et ne donne pas ici un point de vue de général sur la question. Quid de l'obligation qu'on les journalistes de croiser leurs sources ?

Le Pr. Ricroch ne répond qu'à une seule question : les OGM sont-ils toxiques ?
C'est normal, elle est toxicologue.
Remarquons que la "revue de référence" est pauvre feuille à Impact Factor confidentiel. Il existe des dizaines de revues scientifiques plus prestigieuses, donc plus exigeantes sur la rigueur scientifique, etc.


Citation :
Des études de plus de deux ans

Son équipe, composée notamment d'éminents toxicologues et biologistes, a épluché pendant un an les données de 24 études internationales réalisées par des instituts et organismes indépendants internationaux. Plus précisément, il s’agit de douze études portant sur une période allant de plus de 90 jours à deux ans, et douze autres études portant sur deux à cinq générations d'animaux.

"Là, maintenant, le débat sur les OGM d'un point de vue sanitaire est clos", affirme Agnès Ricroch. Quant à la question de savoir s’il faut augmenter la durée de nourrissage des animaux au-delà de trois mois, pratiquée régulièrement lors des tests, l’équipe affirme que l’allongement n’apporterait aucune information supplémentaire sur la toxicité.


Pour quelle raison ça n'apporterait aucune information supplémentaire ? Je l'ignore et on ne le saura pas.

http://contreinfo.info/IMG/arton1884.jpg

La vraie question sur les OGM est celle-ci : pour les créer, il faut introduire, outre les gènes d'intérêt, des gènes de résistance aux antibiotiques qui sont des artefacts de la manipulation. Il n'y a pas la choix, la technologie ne permet pas de faire autrement.
Certes, le père François qui sélectionne des rosiers, ou des haricots, dans son jardin créé aussi des sortes d'"OGM", et c'est ce que tout le monde fait depuis toujours. Mais ce qu'on appelle aujourd'hui "OGM" est le produit d'une technologie récente et implique l'introduction massive de gène de résistance.

Quelle est le problème induit par ces gènes ? Répandu dans la nature, à l'échelle des populations sauvages, les effets sont incertains. Le plus probable est que les antibiotiques deviennent inefficaces.
La perspective de perdre notre arsenal d'antibiotiques, quand la nature aura trouvé toutes les contre-mesures, n'est pas réjouissante. C'est exactement le problème causé par les maladies nosocomiales, créées par des décennies de bombardement d'antibiotiques dans les hôpitaux. C'est pour cette raison aussi que le palud, qui aurait pu être éradiqué il y a longtemps avec la quinine (très bon marché), est aujourd'hui multirésistant, mais pour certains traitements réservés aux Blancs (=chers). On peut voir, enfin, dans les zones qui utilisent du maïs résistant au pesticide Bt, qu'à force de bombardement au Bt, les résistances finissent par émerger en populations naturelles et laissent l'agriculteur devant les pestes multirésistantes. Que faire, à part augmenter les doses de Bt indéfiniment, et donc les coûts de production, la pollution ?


Est-ce que la journaliste a le droit de claironner "le débat est clos" dans ces conditions ? La toxicologue Agnès Ricroch a certes fait son boulot, mais elle répond à une question finalement assez vaine. Manger un OGM ou un organisme non-OGM, ce n'est toujours de l'ADN (modifié ou pas !) qu'on mange et ça ne résiste pas à un estomac. Il reste quelques toxines pesticides (le Bt)... Mais il était assez prévisible, sauf pour Mme Michu, que ce n'est pas "toxique".
Le vrai débat, depuis toujours, c'est celui de la génétique des populations... et il n'est pas clos, ou alors pas dans le sens de Monsanto.
16.12.11 à 16h48 | commentaires (0)

Mardi 20 septembre 2011

Il existe un motif assez fréquent de malentendus : le fait de raisonner du général au particulier ou inversement. Prenons un exemple banal tiré du stub :

zottel a écrit, le 03/05/11 20:14 :
Je voulais mettre ça par provo dans le topic "questions sans réponse" suite au prêchi-prêcha féministe, et puis zut.
Maupassant, donc :
"Je crois que nous avons des âmes de singes, nous autres femmes. On m'affirme du reste (c'est un médecin qui m'a dit ça) que le cerveau du singe ressemblait beaucoup au nôtre. Il faut toujours que nous imitions quelqu'un. Nous imitons nos maris, quand nous les aimons, dans le premier mois des noces, et puis nos amants ensuite (...) nos confesseurs quand ils sont bien. Nous prenons leurs manières de penser, leur manière de dire, leurs mots, leurs, gestes, tout."
(Le Signe)


playlikebeckham a écrit, le 07.09.2011 21h39
La plupart des auteurs classiques sont franchement misogynes...


Maupassant invite à une généralisation audacieuse - partant de son expérience, celle de son époque, milieu,... ça va sans dire. A-t-il raison concernant les femmes ? Perçoit-il une vérité générale, qui explique ses expériences - voir Yvette, Une vie, Bel Ami ?

De son côté, PLB ramène cette question à la misogynie de l'individu Maupassant. Ce pourrait être un procédé rhétorique (reductio ad hominem). Mais avant d'être une arme rhétorique - je ne pense pas que c'était le but ici - c'est aussi, sur le fond, la vision du monde opposée, celle de Protagoras et son "l'homme est la mesure de toute chose". Le retour du particulier, en somme.
Ici c'est une façon de présenter la thèse de Maupassant, voire toutes les thèses similaires émises par les auteurs classiques (depuis les tablettes sumériennes) non pas comme des généralités riches de sens, mais des errements de quelques individus aux dispositions psychologiques étranges.

-------------------

La contradiction entre les deux attitudes est parfois, souvent, celle des deux sexes. Car les deux attitudes, celles de procéder du général au particulier ou réciproquement, serait respectivement celles des femmes (PlayLikeBeckham étant semble-t-il une dame) et des hommes (Maupassant).
Certes dans l'exemple plus haut, le sujet initial étant la misogynie/infériorité des femmes (selon le point de vue), il y avait de grandes chances ici que les camps se séparent selon le sexe de cette manière. Mais on pourrait faire ces observations sur bon nombre d'autres sujet rebattus (DSK, Secret Story,...).

On peut relire d'ailleurs ce que dit précisément Maupassant (quel misogyne au fait !). En substance : les hommes osent, les femmes imitent. Il perçoit donc le même mouvement dans leurs esprits, du particulier au général d'un côté, du général au particulier de l'autre.

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Des fois, ce n'est pas aussi simple. Par exemple, j'ai toujours perçu la science comme une chasse (à l'universel, jusqu'au "fonctionnement des systèmes naturels", etc). Une activité saine et virile donc, ou les principes généraux s'énoncent après l'accumulation d'expériences scientifiques singulières.

Mais il faut bien reconnaître que des femmes s'épanouissent aussi dans le milieu de la recherche, et il serait un peu rapide de les donner toutes pour des garçons manqués. Il faut donc admettre que je ne comprends pas bien moi-même la nature de l'activité scientifique, qui m'occupe pourtant beaucoup.

Pourrait-il y avoir deux façons de la pratiquer, une par sexe, pour un résultat similaire dans la production scientifique et la mise en œuvre de démarches expérimentales ? Si c'est le cas, c'est peut être que Maupassant avait un peu raison, et ça le sauverait des griffes sales de PLBeckham. Sinon je suis misogyne. On trouve des lectures intéressantes sur la question dans les recoins de la littérature scientifique :

« Tout au long de notre récit, nous avons pu observer deux attitudes fondamentales à l’égard des secrets de la nature : l’une volontariste, l’autre contemplative.
Nous avons mis la première sous le patronage de Prométhée, qui, en se consacrant au service des hommes, dérobe, par la ruse ou la violence, les secrets divins... Magie, mécanique et technique se situent dans cette tradition, et, par ailleurs, elles ont pour fin, chacune à sa manière, de défendre les intérêts vitaux de l’homme...

Quant à l’autre attitude, nous l’avons mise sous le patronage d’Orphée. Cette fois, si la nature veut se cacher, c’est notamment parce que la découverte de ses secrets est un danger pour l’homme. En intervenant techniquement dans les processus naturels, l’homme risque de les troubler, et pire encore, de déchaîner des conséquences imprévisibles. Dans cette perspective, c’est l’approche philosophique ou esthétique, le discours rationnel et l’art, deux démarches qui ont leur fin en elles mêmes et qui supposent une attitude désintéressée, qui seront les meilleurs moyens de connaître la nature. À côté de la vérité scientifique, il faudra ainsi admettre une vérité esthétique qui procure une authentique connaissance de la nature. »


(Pierre Hadot, 2004, Le voile d’Isis, essai sur l’histoire de l’idée de Nature, in Pascal et al. 2010 Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 2010, 29 (2), 367-385)

« Afin d’obtenir deux concepts purement logiques, et ainsi purement formels,… j’ai moi-même cherché à formuler ainsi le problème logique fondamental que constitue une classification des sciences à partir de deux méthodes : la réalité devient nature quand nous l’envisageons sous l’aspect de l’universel, elle devient histoire quand nous l’envisageons sous l’aspect du particulier et de l’individuel ; et je tiens par conséquent à mettre en opposition le procédé généralisant de la science de la nature et le procédé individualisant de l’histoire. »

(Heinrich Rickert, 1997, Sciences de la culture, sciences de la nature, idem)

Ramené à l'écologie, ceci donnerait les deux visions suivantes - je cite encore Pascal et al. (2010) :

L’attitude prométhéenne correspondrait à l’étude du fonctionnement des écosystèmes, à l’analyse
de la biodiversité spécifique, à la protection des ressources génétiques, à la vision économique des choses…

L’attitude orphique renverrait à la conservation d’espèces phares, de paysages, de lieux mythiques, mais également à celle de la biodiversité des villes et des agroécosystèmes.

Les deux positions se retrouvant dans la communauté scientifique. Éventuellement, celle-là étant plutôt vue chez celles-ci plutôt que chez ceux-là ?
Pourquoi pas ? Moi ça m'épaterait.

http://atelier.med.free.fr/orphee.jpg
20.09.11 à 18h22 | commentaires (0)

Jeudi 16 juin 2011

C'est le titre du livre de Lanza Del Vasto, un moraliste intransigeant qui a sévi dans les années 60 et après.
A peu près rien n'y échappe, au point - comme souvent avec ce genre de lecture - de se demander ce qui est encore légitime. La réponse est dans la vie même de Del Vasto ; elle est en accord avec la critique, puisqu'il a mené des années durant une communauté d'inspiration gandhiste fondée sur le labeur commun et non-violence. Une existence qu'il a lui-même partagée à plein temps avec les membres. Ce qui le distingue de la masse des gourous ordinaires.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fb/Lanza.jpg
Attention, il va sortir une blague belge. Ah ben non.


Quand même, les années 60, c'était quelque chose... Il devait exister un public pour cette littérature tout droit inspirée de textes sacrés.
Ce n'est sûrement plus le cas : Del Vasto est jugé, sur sa page wikipedia, à l'aune de son homophobie et du "rôle effacé des femmes" dans la communauté. Ce sont là l'alpha et l’oméga de notre morale en 2011. En dehors de ça, point de salut ?
Admettons. Mais je me souviens qu'à Montpellier, durant les grèves universitaires de 2006, le porte-parole du groupe - qui existe toujours - était une femme, le plus effacé dans le débat étant le public (clairsemé). J'inclue tout le public, tous sexes confondus, bien sûr. Et je peux attester de la véracité de ce que j'avance.

Quelques extraits :


Du football-----------

"A l'homme intelligent le pain ne suffit pas. [...]

(C'est) un grand bébé, présentez-lui vos hochets. [...]

Encouragez de toutes vos forces ce que, d'un vieux mot français dûment barbarisé, l'on appelle aujourd'hui les Sports. Approuvez avec emphase tous les discours où l'on soutient que les sports profitent à la santé de la nation, voire même à l'éducation de la jeunesse, et tâchez au moins d'en profiter vous-même. C'est le signe d'une des plaie du siècle.

La plaie dont les Sports sont le signe, c'est la dégradation du travail. C'est parce qu'il n'y a plus aucune joie dans le travail que les jeux sont à ce point exaltés. Les sports furent inventés par une classe de privilégiés pour parer à la dégénérescence corporelle qui menace les oisifs. Si certains d'entre eux, comme le ballon, le cycle et la boxe, ont pris l'aspect d'une passion populaire, c'est que le travail manuel lui-même est mutilé par l'usine, l'intellect vidé par la routine des bureaux.

Quant aux sports pratiqués par des professionnels, brutes célébrées comme des héros et des modèles, ils se réduisent pour le peuple à une occupation sédentaire, à un échauffement agressif sur place, à une excitation insensée et malsaine. Mais c'est un excellent stimulant aux rivalités internationales et une bonne préparation à la guerre."


Du rire------------

"Le Rire c'est l'extase de la distraction. Le public qui mord à cet appât ne risque pas d'en être rassasié jamais, car il est totalement vide".


Du progrès------------

"Le principal but du "Progrès", c'est l'accélération toujours croissante des communications et des transports. [...]

La preuve en est vite faire : les pays où l'on prend les plus grandes peines, s'expose aux plus grands risques, se livre aux plus lourdes dépenses pour se procurer des machines rapides afin de gagner du temps, sont ceux où tout le monde est toujours en hâte et en retard, où les gens hagards et comme traqués vous disent : nous n'avons pas le temps. Ils ont l'air de ne pas savoir ce qui leur arrive. Cela n'est pourtant pas difficile à comprendre : le temps, la vitesse ne sont pas des objets, des richesses qu'on puisse accumuler ni surtout posséder en commun. Le temps est une mesure, un rapport, et d'une réalité relative : si je possède une voiture et gagne du temps, ce ne peut être que par rapport à ceux qui vont à pied. Si tous montent dans des voitures, je ne gagne plus rien."


Lanza Del Vasto, Le diable dans le jeu, 1959
16.06.11 à 20h38 | commentaires (0)

Mardi 03 mai 2011

http://www.biz-en-or.com/wp-content/uploads/2010/11/entonnoir.jpg

A l'époque où le Canard Enchaîné suivait chaque pas de son ennemi favori Michel Debré (l'Amer Michel), il prit l'habitude de le coiffer d'un entonnoir dans ses caricatures. Son fils Jean-Louis en a hérité, en attendant la prochaine génération des Debré (Kivan ? Theo ?).

Il semblerait - mais c'est un vague souvenir, et introuvable sous google - qu'un des moments épiques de la guerre Debré-Canard fut l'appel du journal à envoyer des entonnoirs au ministère, pour équiper le crâne de Michel.

Un exemple frappant de militantisme canardesque, bon marché, vain, peut-être, mais drôle. Voire esthétique. Rappelons que le journal est né dans les tranchées de 14-18, en résistance à la bêtise de la hiérarchie militaire française - rien à voir avec la feuille actuelle qui débauche à Libération.
Jafar ne mérite pas mieux. En faire davantage ? Je ne suis pas sûr que nous, supporters, ayons un meilleur rôle à jouer en se saignant le compte épargne, dans la mise en scène martiale de la reconquête du club, de notre sacrifice glorieux, etc. Pour tout dire, ça m'ennuie presque.

Vains, les entonnoirs ? Pas sûr, le ridicule ayant suivi le ministre jusque dans la tombe, non sans raison... Ça ne l'a sans doute pas empêché de sévir. Mais le ridicule est peut-être la pire punition des puissants, car il est infiniment rare qu'ils finissent pendus par les tripes comme la morale l'exigerait. Tenez, prenez Jafar : il pète la santé.
03.05.11 à 09h01 | commentaires (0)

Vendredi 26 novembre 2010

Pourquoi Emile Chartier se faisait appeler Alain ? Je l'ignore, mais Alain Fontenla se faisait bien appeler Roman. J'aime beaucoup ce grand pédagogue, adversaire convaincu de l'enseignement ludique. Est-il possible de travailler avec légèreté ? N'y-a-t-il pas une once de jeu qui revient chez le scientifique, un adulte qui rejoue la comédie de l'écolier ? Écrire un article pour le stub est-il un jeu (de grand), ou une vraie épreuve intellectuelle, une de plus ? Je l'ignore itou.
Lire la suite...
26.11.10 à 00h55 | commentaires (0)

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17 messages
Le 26.05.10 à 21h32
Par aragon
 :
Ça sonne tellement bien que tu va faire führer avec!
":-=)
Le 26.05.10 à 20h20
Par aragon
 :
Communiste, latin, grec, toi au moins t'es pas raciste (+)
Je pensais appeler la synthèse "national-socialisme ", ça sonne non ?
Le 21.08.08 à 22h33
Par romeocrepe
 :
"je suis communiste parce que cela m'évite de réfléchir" (Frédéric Joliot-Curie). A méditer...
"Si on ne parlait que de ce que l'on a vu,... Est-ce que les communistes parleraient de liberté ?... Est-ce que je parlerais des communistes ?"
(Pierre Desproges)
Le 10.08.08 à 22h55
Par mickael67e
 :
Le rédacteur en chef de la revue web te salue du haut du stub :-)
T'as intérêt à nous en faire des triomphales!
Le 02.07.08 à 00h17
Par magellan
 :
Décidément, nos échanges sont souvent linguistiques. C'est agréable et plutôt rare... alors merci à toi...
Merci à mes profs d'allemand (les pauvres)...

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