zottel
18177
19.09.2005 - 07h47
(stubiste n°2018)
17.05.2012 - 09h55
Bretzels
Inscription

Dern. connexion
Ville

Humeur
Profession
Statut marital
Présentation
Le club unique..les miracles de Vencel, la victoire contre le FC Nantes de 1995, contre l'Inter de Ronaldo...les fous rires aussi, avec les joueurs improbables, Chilavert, Rott ("le Hitchcok du Foot", ©Schlapsheim), Gohel..Unique j'vous dis ! Gagnera un jour la LDC contre Lyon et Chelsea (tout en luttant pour le maintien). ALLEZ RACING !
Calendrier
Aide « Mai 2012 »
L M M J V S D
-1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 ---
Amis stubistes
Aide Mconan

Mfilipe

Mflashguy

Mfredstrbg

Mfuchsi

Miuliu68

Mjpdarky

Mkibitz

Mknacki

Mmagellan

Mmanwithnoname

Mmarc

Mpaul

Mpierre

Mpipo

Fplaylikebeckham

Mrcsom

Mredaction

Msebi

Mslade

Fsoo

Mstrasbourgfan

Mthelak

Mercredi 21 décembre 2011

Lu sur le stub, c'est nicky
:

Le personnage principal est très désabusé et limite dénué de sentiments, ça n'est pas vraiment ce que je préfère dans les romans. J'apprécie pouvoir essayer de comprendre ce que ressent le narrateur, là on ne sait pas. C'est juste à la fin, qu'on commence un peu à comprendre qu'il s'inquiète de son copain tombé dans la prostitution et qu'il regrette que ça n'ait pas marché avec son ex petite amie. C'est là qu'il devient un peu plus "humain" et que j'ai finalement commencé un peu plus à apprécié le personnage"

... dans le même temps, je lis ça dans "Le complexe d'Orphée" de Michéa (il parle ici du culte du progrès, pour changer).

Naturellement, cette étrange mystique ascensionnelle (=le culte du progrès) ne (constitue) que l'envers logique (d'une) étonnante incapacité à tisser le moindre rapport positif avec le passé (et sans doute - comme le pensait Orwell - la peur de vieillir joue-t-elle un rôle décisif dans cette incapacité). Or le sens du passé n'est pas seulement ce qui nous donne le pouvoir de méditer sur les ruines des civilisations disparues, ou de se lamenter sur la folie éternelle des hommes. Il est aussi - et peut être même avant tout - ce qui permet de s'inscrire dans une continuité historique et dans une somme de filiations et de fidélités (...) et d'échapper ainsi à l'illusion adolescente d'un recommencement absolu, ou aux mythologies parallèles - à la fois religieuses et cartésiennes de l'île déserte, ou de l'an 01.

Mythologies qui sont, comme on le sait, au fondement même de l'imaginaire occidental et qui, d'une manière ou d'une autre, ont toujours conduit les Modernes à se vivre comme des "monades sans portes ni fenêtres" (Leibniz), que ce soit sous la forme romantique du Robinson ingénieux et bricoleur, de l'aventurier solitaire, de l'artiste maudit, du rebelle néo-punk incompris, du privé désabusé, misanthrope et alcoolique, ou encore - dans les versions les plus désabusées de cet individualisme radical (on songe, bien sûr, aux romans apologétiques d'Ayn Rand) - sous celle du self-made man entreprenant, bien décidé à ne compter que sur lui-même dans la jungle impitoyable du marché capitaliste.


On pourrait étendre encore un peu la gamme de ces héros inhumains, mais la "créativité" des auteurs modernes n'est pas infinie, pour ce que j'ai lu. On n'apprend au final rien qui dépasse le point de vue particulier de l'individu isolé et sa psychologie, entre les personnages qui en explorent les limites et l'introspection nauséeuse (voir le prototype Christine Angot).
Parallèlement, s'il s'agit d'évoquer des groupes liés par des héritages, on dépeindra les rapports de force, la souffrance matérielle, avec le vocabulaire de la psychologie : ainsi les classes sociales, nations, minorités... peuvent avoir des craintes qui appellent de "la pédagogie". Ce ne sont donc rien de plus que des humeurs comme nous en avons tous.
Michéa poursuit plus loin sur les développements de l'individualisme :

... tout agencement symbolique concret supposé enfermer un sujet dans les limites d'un héritage historique ou naturel donné - doit être pensée comme un obstacle majeur à l'avènement d'un ordre juste et, par conséquent, comme une configuration politiquement incorrecte qu'il est indispensable d'éradiquer au plus vite.
(...)
Si donc la loi du progrès est celle qui doit inexorablement conduire des étouffantes "sociétés closes" à la merveilleuse "société ouverte" - qui oblige, en d'autres termes, l'ensemble des civilisations existantes (du monde islamique aux tribus indiennes d'Amazonie) à renoncer peu à peu à toutes ces limitations arbitraires qui fondaient leur identité contingente pour se dissoudre triomphalement dans l'unité post-historique - ou sens où l'entendait Fukuyama - d'une société mondiale uniformisée.
(...)
Aux yeux de l'intellectuel de gauche contemporain, il va nécessairement de soi que le respect du passé, la défense de particularismes culturels et le sens des limites ne sont que les trois têtes, également monstrueuses, de la même hydre réactionnaire.


Il ne développe pas plus avant - mais à première lecture, c'est un peu contradictoire. Son intellectuel de gauche n'est pas exactement le chantre des racines et des minorités qu'on imagine souvent. Comment veut-il voir advenir la "société ouverte" s'il est hostile à la "défense des particularismes" ?
Comment expliquer la valorisation extrême qui entoure ce genre de bouillie (c'est un exemple, j'ai vu ça dans le centre-ville de Rennes l'autre jour) :
http://shop.alaisebreizh.com/photos/AC/ACCT/ACCTABALB201101/TERRE...
Il semble que dans ce genre de représentations, les particularismes sont ramenés à presque rien, au point d'être interchangeables et ré-combinés à l'infini (Bretagne=bigouden, Chine=tresse et yeux bridés, Bretagne+Chine=bigouden et yeux bridés,...). C'est une forme neutralisée de ces particularismes. Du reste, ceux qui sont célébrés sont de fait inoffensifs, soit parce qu'ils sont presque disparus (la culture bretonne et d'autres cultures régionales), soit parce qu'ils viennent de loin et sont le propre de minorités en France (ici on reconnaît vaguement une Chinoise et un ou deux Africaines).
La preuve en est sans doute que personne ne pourra se reconnaître dans une représentation aussi tronquée de "ses" propres particularismes. Il s'agit bien sous couvert de les défense, d'une machine de guerre anti-héritages historiques, réduit à une distraction d'individu hors-sol pour lequel Bretagne ou Chine ne signifie plus rien.
http://www.e-monsite.com/photos/accueil_madeinalsace_1639948776.gif

Pour ces mêmes raisons, je suis circonspect devant le discours "alsacophile" qui est parfois développé sur le Stub. Un "bon" Alsacien devrait être exclusivement attaché aux aspects germaniques de sa culture. Pour ma part, il faudrait oublier une tradition familiale qui est celle de nombreux autres Jean-Jacques Waltz (Hansi).

Cette "alsacophilie" sans nuance - qui aurait sidérée mon grand-père, lui qu'on n'a sûrement jamais soupçonné d'être un mauvais alsacien, tout francophile qu'il était - semble partir d'un regard extérieur sur la région. Une région qui est plus subtile que ce qu'il en reste si on la résume à son fond germanique, cela allait sûrement de soi quand ces particularismes étaient vivaces. Mais aujourd'hui, s'il ne s'agit plus que de poses de carte postale, il y aurait là que cette comédie de célébration des racines ('A l'aise Breizh' !)) qui signale surtout leur enterrement... auquel on retrouve toute la famille progressiste.

C'est d'autant plus troublant quand ces défenseurs un peu encombrants de notre héritage commun trouvent leurs contradicteurs trop "bobos" ! Pour le coup, peut-être que ça en révèle davantage sur ceux qui manient l'insulte. C'est courant quand il s'agit de bobo.
21.12.11 à 00h52 | commentaires (1)

Mardi 20 septembre 2011

Il existe un motif assez fréquent de malentendus : le fait de raisonner du général au particulier ou inversement. Prenons un exemple banal tiré du stub :

zottel a écrit, le 03/05/11 20:14 :
Je voulais mettre ça par provo dans le topic "questions sans réponse" suite au prêchi-prêcha féministe, et puis zut.
Maupassant, donc :
"Je crois que nous avons des âmes de singes, nous autres femmes. On m'affirme du reste (c'est un médecin qui m'a dit ça) que le cerveau du singe ressemblait beaucoup au nôtre. Il faut toujours que nous imitions quelqu'un. Nous imitons nos maris, quand nous les aimons, dans le premier mois des noces, et puis nos amants ensuite (...) nos confesseurs quand ils sont bien. Nous prenons leurs manières de penser, leur manière de dire, leurs mots, leurs, gestes, tout."
(Le Signe)


playlikebeckham a écrit, le 07.09.2011 21h39
La plupart des auteurs classiques sont franchement misogynes...


Maupassant invite à une généralisation audacieuse - partant de son expérience, celle de son époque, milieu,... ça va sans dire. A-t-il raison concernant les femmes ? Perçoit-il une vérité générale, qui explique ses expériences - voir Yvette, Une vie, Bel Ami ?

De son côté, PLB ramène cette question à la misogynie de l'individu Maupassant. Ce pourrait être un procédé rhétorique (reductio ad hominem). Mais avant d'être une arme rhétorique - je ne pense pas que c'était le but ici - c'est aussi, sur le fond, la vision du monde opposée, celle de Protagoras et son "l'homme est la mesure de toute chose". Le retour du particulier, en somme.
Ici c'est une façon de présenter la thèse de Maupassant, voire toutes les thèses similaires émises par les auteurs classiques (depuis les tablettes sumériennes) non pas comme des généralités riches de sens, mais des errements de quelques individus aux dispositions psychologiques étranges.

-------------------

La contradiction entre les deux attitudes est parfois, souvent, celle des deux sexes. Car les deux attitudes, celles de procéder du général au particulier ou réciproquement, serait respectivement celles des femmes (PlayLikeBeckham étant semble-t-il une dame) et des hommes (Maupassant).
Certes dans l'exemple plus haut, le sujet initial étant la misogynie/infériorité des femmes (selon le point de vue), il y avait de grandes chances ici que les camps se séparent selon le sexe de cette manière. Mais on pourrait faire ces observations sur bon nombre d'autres sujet rebattus (DSK, Secret Story,...).

On peut relire d'ailleurs ce que dit précisément Maupassant (quel misogyne au fait !). En substance : les hommes osent, les femmes imitent. Il perçoit donc le même mouvement dans leurs esprits, du particulier au général d'un côté, du général au particulier de l'autre.

-------------------

Des fois, ce n'est pas aussi simple. Par exemple, j'ai toujours perçu la science comme une chasse (à l'universel, jusqu'au "fonctionnement des systèmes naturels", etc). Une activité saine et virile donc, ou les principes généraux s'énoncent après l'accumulation d'expériences scientifiques singulières.

Mais il faut bien reconnaître que des femmes s'épanouissent aussi dans le milieu de la recherche, et il serait un peu rapide de les donner toutes pour des garçons manqués. Il faut donc admettre que je ne comprends pas bien moi-même la nature de l'activité scientifique, qui m'occupe pourtant beaucoup.

Pourrait-il y avoir deux façons de la pratiquer, une par sexe, pour un résultat similaire dans la production scientifique et la mise en œuvre de démarches expérimentales ? Si c'est le cas, c'est peut être que Maupassant avait un peu raison, et ça le sauverait des griffes sales de PLBeckham. Sinon je suis misogyne. On trouve des lectures intéressantes sur la question dans les recoins de la littérature scientifique :

« Tout au long de notre récit, nous avons pu observer deux attitudes fondamentales à l’égard des secrets de la nature : l’une volontariste, l’autre contemplative.
Nous avons mis la première sous le patronage de Prométhée, qui, en se consacrant au service des hommes, dérobe, par la ruse ou la violence, les secrets divins... Magie, mécanique et technique se situent dans cette tradition, et, par ailleurs, elles ont pour fin, chacune à sa manière, de défendre les intérêts vitaux de l’homme...

Quant à l’autre attitude, nous l’avons mise sous le patronage d’Orphée. Cette fois, si la nature veut se cacher, c’est notamment parce que la découverte de ses secrets est un danger pour l’homme. En intervenant techniquement dans les processus naturels, l’homme risque de les troubler, et pire encore, de déchaîner des conséquences imprévisibles. Dans cette perspective, c’est l’approche philosophique ou esthétique, le discours rationnel et l’art, deux démarches qui ont leur fin en elles mêmes et qui supposent une attitude désintéressée, qui seront les meilleurs moyens de connaître la nature. À côté de la vérité scientifique, il faudra ainsi admettre une vérité esthétique qui procure une authentique connaissance de la nature. »


(Pierre Hadot, 2004, Le voile d’Isis, essai sur l’histoire de l’idée de Nature, in Pascal et al. 2010 Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 2010, 29 (2), 367-385)

« Afin d’obtenir deux concepts purement logiques, et ainsi purement formels,… j’ai moi-même cherché à formuler ainsi le problème logique fondamental que constitue une classification des sciences à partir de deux méthodes : la réalité devient nature quand nous l’envisageons sous l’aspect de l’universel, elle devient histoire quand nous l’envisageons sous l’aspect du particulier et de l’individuel ; et je tiens par conséquent à mettre en opposition le procédé généralisant de la science de la nature et le procédé individualisant de l’histoire. »

(Heinrich Rickert, 1997, Sciences de la culture, sciences de la nature, idem)

Ramené à l'écologie, ceci donnerait les deux visions suivantes - je cite encore Pascal et al. (2010) :

L’attitude prométhéenne correspondrait à l’étude du fonctionnement des écosystèmes, à l’analyse
de la biodiversité spécifique, à la protection des ressources génétiques, à la vision économique des choses…

L’attitude orphique renverrait à la conservation d’espèces phares, de paysages, de lieux mythiques, mais également à celle de la biodiversité des villes et des agroécosystèmes.

Les deux positions se retrouvant dans la communauté scientifique. Éventuellement, celle-là étant plutôt vue chez celles-ci plutôt que chez ceux-là ?
Pourquoi pas ? Moi ça m'épaterait.

http://atelier.med.free.fr/orphee.jpg
20.09.11 à 18h22 | commentaires (0)

Jeudi 16 juin 2011

C'est le titre du livre de Lanza Del Vasto, un moraliste intransigeant qui a sévi dans les années 60 et après.
A peu près rien n'y échappe, au point - comme souvent avec ce genre de lecture - de se demander ce qui est encore légitime. La réponse est dans la vie même de Del Vasto ; elle est en accord avec la critique, puisqu'il a mené des années durant une communauté d'inspiration gandhiste fondée sur le labeur commun et non-violence. Une existence qu'il a lui-même partagée à plein temps avec les membres. Ce qui le distingue de la masse des gourous ordinaires.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fb/Lanza.jpg
Attention, il va sortir une blague belge. Ah ben non.


Quand même, les années 60, c'était quelque chose... Il devait exister un public pour cette littérature tout droit inspirée de textes sacrés.
Ce n'est sûrement plus le cas : Del Vasto est jugé, sur sa page wikipedia, à l'aune de son homophobie et du "rôle effacé des femmes" dans la communauté. Ce sont là l'alpha et l’oméga de notre morale en 2011. En dehors de ça, point de salut ?
Admettons. Mais je me souviens qu'à Montpellier, durant les grèves universitaires de 2006, le porte-parole du groupe - qui existe toujours - était une femme, le plus effacé dans le débat étant le public (clairsemé). J'inclue tout le public, tous sexes confondus, bien sûr. Et je peux attester de la véracité de ce que j'avance.

Quelques extraits :


Du football-----------

"A l'homme intelligent le pain ne suffit pas. [...]

(C'est) un grand bébé, présentez-lui vos hochets. [...]

Encouragez de toutes vos forces ce que, d'un vieux mot français dûment barbarisé, l'on appelle aujourd'hui les Sports. Approuvez avec emphase tous les discours où l'on soutient que les sports profitent à la santé de la nation, voire même à l'éducation de la jeunesse, et tâchez au moins d'en profiter vous-même. C'est le signe d'une des plaie du siècle.

La plaie dont les Sports sont le signe, c'est la dégradation du travail. C'est parce qu'il n'y a plus aucune joie dans le travail que les jeux sont à ce point exaltés. Les sports furent inventés par une classe de privilégiés pour parer à la dégénérescence corporelle qui menace les oisifs. Si certains d'entre eux, comme le ballon, le cycle et la boxe, ont pris l'aspect d'une passion populaire, c'est que le travail manuel lui-même est mutilé par l'usine, l'intellect vidé par la routine des bureaux.

Quant aux sports pratiqués par des professionnels, brutes célébrées comme des héros et des modèles, ils se réduisent pour le peuple à une occupation sédentaire, à un échauffement agressif sur place, à une excitation insensée et malsaine. Mais c'est un excellent stimulant aux rivalités internationales et une bonne préparation à la guerre."


Du rire------------

"Le Rire c'est l'extase de la distraction. Le public qui mord à cet appât ne risque pas d'en être rassasié jamais, car il est totalement vide".


Du progrès------------

"Le principal but du "Progrès", c'est l'accélération toujours croissante des communications et des transports. [...]

La preuve en est vite faire : les pays où l'on prend les plus grandes peines, s'expose aux plus grands risques, se livre aux plus lourdes dépenses pour se procurer des machines rapides afin de gagner du temps, sont ceux où tout le monde est toujours en hâte et en retard, où les gens hagards et comme traqués vous disent : nous n'avons pas le temps. Ils ont l'air de ne pas savoir ce qui leur arrive. Cela n'est pourtant pas difficile à comprendre : le temps, la vitesse ne sont pas des objets, des richesses qu'on puisse accumuler ni surtout posséder en commun. Le temps est une mesure, un rapport, et d'une réalité relative : si je possède une voiture et gagne du temps, ce ne peut être que par rapport à ceux qui vont à pied. Si tous montent dans des voitures, je ne gagne plus rien."


Lanza Del Vasto, Le diable dans le jeu, 1959
16.06.11 à 20h38 | commentaires (0)

Mardi 03 mai 2011

http://www.biz-en-or.com/wp-content/uploads/2010/11/entonnoir.jpg

A l'époque où le Canard Enchaîné suivait chaque pas de son ennemi favori Michel Debré (l'Amer Michel), il prit l'habitude de le coiffer d'un entonnoir dans ses caricatures. Son fils Jean-Louis en a hérité, en attendant la prochaine génération des Debré (Kivan ? Theo ?).

Il semblerait - mais c'est un vague souvenir, et introuvable sous google - qu'un des moments épiques de la guerre Debré-Canard fut l'appel du journal à envoyer des entonnoirs au ministère, pour équiper le crâne de Michel.

Un exemple frappant de militantisme canardesque, bon marché, vain, peut-être, mais drôle. Voire esthétique. Rappelons que le journal est né dans les tranchées de 14-18, en résistance à la bêtise de la hiérarchie militaire française - rien à voir avec la feuille actuelle qui débauche à Libération.
Jafar ne mérite pas mieux. En faire davantage ? Je ne suis pas sûr que nous, supporters, ayons un meilleur rôle à jouer en se saignant le compte épargne, dans la mise en scène martiale de la reconquête du club, de notre sacrifice glorieux, etc. Pour tout dire, ça m'ennuie presque.

Vains, les entonnoirs ? Pas sûr, le ridicule ayant suivi le ministre jusque dans la tombe, non sans raison... Ça ne l'a sans doute pas empêché de sévir. Mais le ridicule est peut-être la pire punition des puissants, car il est infiniment rare qu'ils finissent pendus par les tripes comme la morale l'exigerait. Tenez, prenez Jafar : il pète la santé.
03.05.11 à 09h01 | commentaires (0)

Vendredi 26 novembre 2010

Pourquoi Emile Chartier se faisait appeler Alain ? Je l'ignore, mais Alain Fontenla se faisait bien appeler Roman. J'aime beaucoup ce grand pédagogue, adversaire convaincu de l'enseignement ludique. Est-il possible de travailler avec légèreté ? N'y-a-t-il pas une once de jeu qui revient chez le scientifique, un adulte qui rejoue la comédie de l'écolier ? Écrire un article pour le stub est-il un jeu (de grand), ou une vraie épreuve intellectuelle, une de plus ? Je l'ignore itou.
Lire la suite...
26.11.10 à 00h55 | commentaires (0)

Dimanche 10 octobre 2010

« Nous préférons avoir dix diables qui se contrôlent mutuellement plutôt qu'un ange disposant du pouvoir absolu ».

Telle était la devise de trois intellectuels chinois dissidents, dont le dernier prix Nobel de la paix, Liu Xiaobo. La phrase est écrite en 1989, dans la période troublée appelée en Occident « les évènements de la place Tien an Men ».


Auto stoppeur chinois revenant du Monoprix, été 1989


Tien An Men
envoyé par Lartmement. - L'info video en direct.



Ce fameux ange disposant du pouvoir absolu, c'est le fonctionnement imposé par le Parti communiste chinois.
Les « dix diables qui se contrôlent mutuellement », c'est le modèle de société dont ces dissidents rêvaient, c'est donc la notre, l'Occident. Les diables, c'est nous.

On ne peut s'empêcher de penser que ces Chinois-là avaient lu Kant (Vers la paix perpétuelle). Pourquoi des "diables" ? A l'origine de notre pensée politique moderne, il fallait d'abord poser comme principe que l'homme est fondamentalement mauvais. Il fallait pour cela, en arrière plan, un christianisme fatigué et désenchanté. Ce qu'écrivait Kant :

« C’est par le mal que commence l’histoire de la liberté, car elle est l’œuvre de l’homme. Si on la raconte empiriquement, l’histoire de l’humanité ne peut donner lieu qu’à un récit privé de sens, plein de bruit et de fureur ».

Ces conditions sont-elles vraiment favorables à l'émergence de l'ordre ? Kant répondit que oui :

« Quant au problème de la constitution des sociétés humaines, il est si peu d’ordre rationnel et moral qu’il pourrait être résolu par un peuple de démons pourvu qu’ils fussent intelligents, puisqu’il s’agirait de trouver un système garantissant leurs vies et leurs biens à des êtres dont chacun voudrait s’exempter des lois permettant d’y parvenir ».

Bien qu'étant peuplée des "démons", ou des "diables" pour Liu Xiaobo, une société devrait tenir par le contrôle mutuel, puisque chacun poursuit son intérêt personnel (garantir "sa vie et ses biens") et cherche à s'exempter des lois. Kant écrivit encore :

« L'homme est un animal qui, lorsqu'il vit parmi d'autres membres de son espèce, a besoin d'un maître. Car il abuse à coup sûr de sa liberté à l'égard de ses semblables; et quoique en tant que créature raisonnable il souhaite une loi qui pose les limites de la liberté de tous, son inclination animale égoïste l'entraîne cependant à faire exception pour lui-même quand il le peut. Il lui faut donc un maître pour briser sa volonté particulière, et le forcer à obéir à une volonté universellement valable ; par là chacun peut être libre. Mais où prendra-t-il ce maître ? Nulle part ailleurs que dans l'espèce humaine. Or ce sera lui aussi un animal qui a besoin d'un maître ».
Si chacun est le maître de ses semblables, l'ordre émerge au sein de la société de démons (une constitution, etc).


Encore un Chinois, Liu Xiaobo

http://www.lefigaro.fr/medias/2010/10/08/6332edd4-d2c1-11df-8d15-...


C'est ainsi que nous vivons, en France, aujourd’hui. Prenons par exemple le thème de la diffamation, cher à Jafar Hilali.

Il est illégal de traiter un quidam de "mafieux", d'"escroc" ou même sans doute de "trader à coup roulé sans scrupule". Ces expressions, même si elles sont fondées, portent atteinte à l'honneur de notre quidam et tombent donc sous le coup de la diffamation.

Sommes nous pour autant débarrassés des escrocs, pour la seule raison que nous n'avons plus le droit de les désigner par des mots ? Non, bien sûr. La loi sur la diffamation ne rend pas les gens plus moraux ; elle ne rend pas plus honnêtes, partageurs, sensibles, bienveillants, etc. Les victimes de l’escroc n’ont pas le droit de diffamer, mais peuvent continuer à souffrir de la malignité de l’escroc. Dans ces conditions, rien ne peut réellement tempérer la haine des victimes, qui est aussi immorale. La loi ne change pas les démons en anges, elle ne fait que garantir l'ordre. Nous vivons donc tous, en quelque sorte, dans l’utopie de Kant.


Quelque part, à Londres

Il y a un autre exemple d’utopie politique, plus proche de nous et pourtant mal comprise ; il s’agit de 1984 d’Orwell. L’œuvre est souvent citée comme une représentation, un peu facile, de la dictature stalinienne. Elle a été déclinée sous de nombreuses formes, depuis le Brazil de Terry Gilliam jusqu’à des œuvrettes non moins esthétiques, mais plus adolescentes si c’est possible, comme V comme Vendetta, ou Equilibrium. Ce genre d’image sert même parfois de formation politique à nos contemporains, de gauche ou de droite, surtout s’il s’agit de démontrer que – Dieu merci – nous ne vivons ni sous Staline ni sous l’Ancien Régime.

Un V qui veut dire Zorro
http://www.photoscinema.net/photos/0-fonds-ecran-v-vendetta.jpg

C’est en fait une mauvaise interprétation de 1984, et la lecture de Jean-Claude Michéa ou Simon Leys m’avait conforté dans ce sens. Comme dans la philosophie pratique de Kant, le monde de 1984 est simplement le notre , malgré des parentés avec le défunt régime soviétique.

De nombreux indices vont en fait dans ce sens. On passera sur le plus évident, comme le fait que l’action se passe à Londres et non pas à Moscou. Il y a mieux ; le lecteur se souvient que pendant une large partie du livre, le héros de 1984 est enfermé en prison, dans le ministère de l'Amour. Il est vrai que ce thème (prison/torture) est largement ressassé dans les lectures modernes de 1984 et symbolise souvent la société totalitaire. Ainsi, dans le film Brazil, le prisonnier est torturé, dans le but d’obtenir des aveux et pour le punir, puis – probablement – est tué.

Dans ces versions modernes de 1984, pour justifier la brutalité des vilaines sociétés futuristes, le héros doit forcément être quelqu’un de dangereux ; on songe notamment au dénouement un peu ridicule de V comme Vendetta, ou même carrément crétin comme celui d’Equilibrium. Plus fin, Terry Gilliam préfère imaginer un système fondamentalement absurde, qui tue donc le héros mais sans raison. L'amitié sincère de son tortionnaire est même le comble de l'absurde.

Y-a-t-il un docteur Parnassus dans la salle ?
http://homepages.stmartin.edu/fac_staff/dprice/Brazil-torture.jpg

En revanche, dans le livre 1984, le héros est torturé dans un but clair. Les ignorants et les imbéciles, qui règnent en maîtres dans la bureaucratie de Brazil, ne jouent aucun rôle dans 1984 ; ce ne sont que des prolétaires, victimes éternelles et passives. Le but avoué du pouvoir est très poétique, et il ne s’agit pas de tuer le héros. A quoi bon ? Il n’est pas dangereux pour ce pouvoir. On le surveille depuis longtemps, on l’arrête sans difficulté alors qu’il est allé très loin dans l’imprudence et la sédition. Car il faut en fait qu’il apprenne à aimer ; le « ministère de l’information » de Brazil s’appelle bien « ministère de l’Amour » dans 1984. Au cours de sa détention, le pouvoir demande au héros Winston de renoncer à ce qu’il admettait jusqu’alors comme des valeurs ; la solidarité, l’amour (pour Julia).

Apprendre à aimer… Est-ce là des préoccupations dignes d’un Stalinien ? Pourquoi tout ce déploiement d’énergie pour s’occuper d’un imbécile comme Winston ? Pourquoi un cadre important du Parti, O’Brien – fatigué et écrasé par sa tâche – lui consacre autant de temps ?

C’est qu’il ne s’agit pas de promettre d’y renoncer à soi-même, de donner l’apparence de la soumission. Il ne s’agit pas simplement de filer doux, une balle dans le crâne suffirait. Du reste, Orwell montre que la révolte de Winston est ridicule (ce n’est qu’un flirt !) et sans danger pour le pouvoir (son corps même est difforme et malade). Le changement qu’on lui demande est psychologique, il est donc long et douloureux. En réalité, il s’agit pour Winston de changer pour de vrai, de s’amputer de ces penchants ordinaires qui correspondent à ce que nous appelons amour. C’est sûrement là le sens du nom du ministère où il est torturé. On peut même penser que de manière étrange, son tortionnaire aime aussi l’idée qu’il se fait du Winston « guéri » par la torture. Car après son séjour au ministère, il ne reste à Winston que sa vie (il est même nourri et bien traité !) et l’amour abstrait de Big Brother, c'est à dire la haine de tout (« L’amour, c’est la haine »). C’est devenu un monstre de haine.

A travers lui, le pouvoir tente de se prouver que l’être humain peut renoncer à toute idée de solidarité pour ne poursuivre que son seul intérêt égoïste. Winston et sa conversion sont une nécessité idéologique vitale pour le système. Elle est aussi importante que le présupposé qui sert de départ à Kant ; l’homme est là aussi mauvais, et c’est inéluctable. Dans un moment d’exaltation, le cadre du Parti O’Brien nous révèle le futur imaginé par le pouvoir qu’il sert: « Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain... éternellement ».

Ouille. Il s’agit là d’un monde d’éternel recommencement, bien loin du monde immuable comme la bureaucratie de Brazil. O’Brien l’explique plus loin :
« Tel est le monde que nous préparons, Winston. Un monde où les victoires succéderont aux victoires et les triomphes aux triomphes ; un monde d’éternelle pression, toujours renouvelée, sur la fibre de la puissance. Vous commencez, je le vois, à réaliser ce que sera ce monde, mais à la fin, vous ferez plus que le comprendre. Vous l’accepterez, vous l’accueillerez avec joie, vous en demanderez une part.
Winston avait suffisamment recouvré son sang-froid pour parler.
– Vous ne pouvez pas, dit-il faiblement.
– Qu’entendez-vous par là, Winston ?
– Vous ne pourriez créer ce monde que vous venez de décrire. C’est un rêve. Un rêve impossible.
– Pourquoi ?
– Il n’aurait aucune vitalité. Il se désintégrerait. Il se suiciderait.
– Erreur. Vous êtes sous l’impression que la haine est plus épuisante que l’amour. Pourquoi en serait-il ainsi ? Et s’il en était ainsi, quelle différence en résulterait ? »

On le comprend bien, Winston devient dans ses mains le monstre de haine qu’il était au fond de lui.

On ne peut pas s’empêcher de songer à Kant ou Liu Xiaobo. Le monde d’Orwell est un monde de démons, dont chacun ne veille qu’à ses propres intérêts, dont chacun se consacre à la haine des autres. Ces démons se contrôlent donc globalement en s’écrasant mutuellement. Il s’agit là d’un système extraordinairement ordonné et stable – le Parti de 1984, où toutes les carrières sont permises - et où les individus luttent en permanence. Dans le même temps, ceux qui, comme Winston sont des faibles et des anomalies, des échos d’un passé révolu, sont voués à être écrasé. Kant affirme que « L'homme est un animal qui, lorsqu'il vit parmi d'autres membres de son espèce, a besoin d'un maître » ; dans l’utopie d’Orwell, « la liberté c’est l’esclavage ».

Big Brother en a trop marre

http://extraordinaryintelligence.com/files/2010/07/1984-movie-orw...


Ce monde de brutes est donc bien le notre, celui des traders triomphants, avec leur immoralité parfaite que protège la loi sur la diffamation, et toute la mécanique des intérêts économiques.

Aucune interprétation de 1984 à ma connaissance, pas même Brazil, n’a réellement saisi le caractère subversif de Winston, et l’importance vitale pour un pouvoir basé sur une idéologie de nier ses contradictions, même sous une forme aussi futile que le fluet Winston son amourette. Nous aussi, nous souhaitons absolument nous persuader que l’homme est mauvais. Même sur un malheureux forum, nous chassons la subversion. Toute discussion morale est d’emblée décrétée interminable et source de conflit. Toute indignation signale un lamentable Bisounours. Toute colère, même la saine colère du supporter du Racing, est tempérée par le rappel de la loi sur la diffamation, qui assure – quel bonheur - la cohabitation pacifique des démons, des diables, des imbéciles, des salopards, etc.

Vaudrait-il mieux être chinois ? Je l’ignore. Faudrait-il pouvoir dire « Va chier » aux traders importuns, dans cette belle position d’ « ange au pouvoir absolu » ?
Que nous disait Desproges ?

« Ah ! Cornegidouille, si j’étais le bon Dieu ou Jaruzelski, si, au lieu d'être ce misérable bipède essentiellement composé de 65% d'eau et de 35% de bas morceaux, je détenais la Toute-Puissance Infinie, ah ! Avec quelle joie totale j'userais de ma divine volonté pour vous aplatir, vous réduire, vous écrabouiller, vous lyophiliser en poudre de perlimpinpin ou vous transformer en rasoirs jetables ».

Ah quand même. Et Napoléon ?

« La première des vertus est le dévouement à la patrie ».
« La morale est bien souvent le passeport de la médisance ».

Ah bon. Il est vraisemblable que tous les systèmes sont les pires. Dans le doute, je préfère me fier aux rares individus parmi ce milliard d’êtres humains qui ont été distingué par l’Occident et le comité Nobel, comme ce Liu Xiaobo ;
« Nous préférons avoir dix diables qui se contrôlent mutuellement plutôt qu'un ange disposant du pouvoir absolu ».
10.10.10 à 22h37 | commentaires (2)

Pages: 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6

Recherche
Photos
> 11 photos publiques à voir
> Dernière (18/12/09 16:47) :
coin
Côté foot
Supporter du RC Strasbourg Aide Club: RC Krummschuss
Groupe: FSRCS
Côté privé
Aide
Pas d'information.
Livre d'or
Flux RSS de ce livre d'or Vous pouvez laisser un commentaire sur le livre d'or de zottel !
Site web

17 messages
Le 26.05.10 à 21h32
Par aragon
 :
Ça sonne tellement bien que tu va faire führer avec!
":-=)
Le 26.05.10 à 20h20
Par aragon
 :
Communiste, latin, grec, toi au moins t'es pas raciste (+)
Je pensais appeler la synthèse "national-socialisme ", ça sonne non ?
Le 21.08.08 à 22h33
Par romeocrepe
 :
"je suis communiste parce que cela m'évite de réfléchir" (Frédéric Joliot-Curie). A méditer...
"Si on ne parlait que de ce que l'on a vu,... Est-ce que les communistes parleraient de liberté ?... Est-ce que je parlerais des communistes ?"
(Pierre Desproges)
Le 10.08.08 à 22h55
Par mickael67e
 :
Le rédacteur en chef de la revue web te salue du haut du stub :-)
T'as intérêt à nous en faire des triomphales!
Le 02.07.08 à 00h17
Par magellan
 :
Décidément, nos échanges sont souvent linguistiques. C'est agréable et plutôt rare... alors merci à toi...
Merci à mes profs d'allemand (les pauvres)...

ImprimerImprimer Partager vers Facebook Twitter del.icio.us Envoyer à un amiEnvoyer à un ami
racingstub.com n'est pas responsable du contenu publié sur ce stublog.